Tous ne sont pas élus… mais tous sont appelés (Mt 22,1-14)
Dominicales n° 397 - 9 octobre 2005 - 28ème dimanche du temps ordinaire (année A)
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Tous ne sont pas élus… mais tous sont appelés (Mt 22,1-14)

Un roi organise un festin pour le mariage de son fils (Mt 22,1-14).
La bonne société ayant méprisé son invitation, il invite n’importe qui !
Il dit à ses serviteurs : ” Allez donc aux croisées des chemins, tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.”
Mais ce qui est étonnant, c’est que le roi soit étonné de trouver un convive entré sans son vêtement de noce.
Tous ces gens, ramassés au bord de la route, on ne voit pas très bien où ils auraient trouvé un vêtement de noce !

En fait, il y a là deux paraboles totalement indépendantes, que Jésus n’avait certainement pas racontées dans les mêmes circonstances.
Pour comprendre cette dernière, il faut donc oublier la première et imaginer un festin officiel, où tous les invités sont venus normalement, si ce n’est que l’un d’entre eux est venu en débraillé et s’est fait sortir !

Quant à la première histoire elle semble être un amalgame de la parabole des invités au festin (que l’on trouve en Luc 14,15-24) avec celle des vignerons homicides… Ce qui en fait un récit un peu disparate. L’Evangile, comme toute la littérature de cette
époque, prend ainsi des libertés sur certains points qui étaient considérés comme des détails. Mais il ne prend aucune liberté avec le message… et chacune de ces paraboles est un enseignement de Jésus sur l’enjeu éternel de nos choix et de notre existence.
Pourquoi l’évangéliste a-t-il associé ces deux récits ? Parce que tous deux étaient une histoire de festin… mais surtout parce que les deux ont la même conclusion : “Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.”
Même en supposant qu’en araméen la formule ait été moins sévère (“La multitude est appelée, mais la multitude n’est pas élue” ou “Tous sont appelés mais tous ne sont pas élus”), elle reste trop sévère au goût de certains.

S’ils rejettent cet Evangile, c’est qu’ils se représentent l’enfer comme une réalité voulue et créée par Dieu. Mais Dieu ne l’a ni voulu ni créé… de même qu’il n’a pas créé le péché… et pourtant il existe !
Le péché est une création de l’homme et de sa liberté. Il en va de même de la perdition, à ceci près qu’elle suppose, en plus du péché, le rejet du pardon et de celui qui offre son pardon.
Une telle destruction de soi est une désolation pour Dieu… mais il respecte la liberté de chacun.
C’est pourquoi l’Evangile en parle, et ne cesse de nous mettre en garde contre l’endurcissement dans le péché.
C’est pourquoi, aussi, le Fils unique de Dieu. a donné sa vie pour nous sauver : en nous manifestant sa tendresse, il se met, en quelque sorte, à genoux devant les hommes pour les supplier de se laisser réconcilier.

Certains chrétiens voudraient qu’il n’y ait pas d’enjeu… et que tous, quoi qu’ils fassent, soient sauvés.
C’est aussi ce que pensait celui qui était entré sans prendre la peine de revêtir l’habit de noce… sans se soucier d’être digne de la grâce qui lui avait été faite. Il pensait que, quoi qu’il fasse, il serait sauvé.

Dans la première parabole (surtout dans la forme plus pure qu’elle a chez Saint Luc) le maître de maison n’exclut personne : certains ne veulent pas de son invitation, mais lui les a tous invités.
La discrimination entre les élus et les autres, n’est donc en aucun cas, le choix de Dieu… mais le choix libre des hommes. Tous ne sont pas élus… mais tous sont appelés ! Dieu, lui, n’exclut personne.
Isaïe avait pressenti cette dimension universelle de la tendresse de Dieu : “Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera sur sa montagne un festin pour tous les peuples”. (Is 25,6)

JCP