« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » chante le psalmiste (Ps 115 [116], 12). Emerveillé par la profusion des dons de Dieu, alors même qu’il a « beaucoup souffert » (v. 10), le voici poussé intérieurement par l’action de grâce, reconnaissant tout ce qu’il a reçu de Celui qui l’a aimé le premier (cf. 1Jn 4, 19). La maison d’Israël, comparée par Isaïe à une vigne de choix (5, 1b-2), devrait en dire autant.
Quant à nous, notre simple état de créature nous place dans une dépendance radicale vis-à-vis de Dieu. Nous tenons tout de lui, à commencer par le fait d’être ! Plus encore, appelés à participer au véritable Bien qu’est Dieu, nous ne devrions être mus que par une infinie gratitude qui unifierait toutes nos énergies dans une parfaite consécration de nous-mêmes à Dieu. Au lieu de cela, à l’image des vignerons de l’évangile, nous voudrions parfois garder tous ces dons pour nous seuls, nous en arrogeant même la paternité. Emportés par une folie mortifère, nous voulons les dons sans le Donateur. Oublieux de la bonté infinie du Père, nous devenons enfin des rivaux comme des frères et sœurs qui se déchirent autour d’un héritage.
Mais le Fils nous a été donné ! Rejeté par les hommes, comme ils rejettent la vie filiale, il est Celui-là seul en qui ils peuvent devenir enfants de Dieu. Et cela encore est « l’œuvre du Seigneur », une œuvre de salut, « la merveille devant nos yeux. »
Laissons donc le psalmiste conclure avec la réponse qu’il fait lui-même à sa question du départ : « J’élèverai la coupe du salut », la coupe eucharistique qui contient le vin précieux obtenu par la vendange de la croix.
Abbé Bruno Bettoli+

